La bise en voie de disparition ?

 

Pidä yllä ranskan kielen taitoasi kesällä! Lue esimerkiksi tämä hauska artikkeli, jossa ranskan kielen opettajamme Jean-Albert Campello pohtii, miten koronapandemia vaikuttaa ranskalaisten tapaan tervehtiä poskisuudelmin. Artikkeli sopii niille, joiden kielitaito on B-tasolla.

Vous pouvez lire cet article aussi en anglais: https://blogit.omnia.fi/oppiajailoa/2020/06/17/la-bise-endangered/

La bise en voie de disparition ?

Tous ceux qui sont déjà allé en France ou qui étudient le français, connaissent cette pratique
culturelle qu’on appelle la bise, voire la « bise à la française », tant cette tradition est ancrée dans
les habitudes des Français et régie par des codes innés, souvent imperméables aux étrangers.
Mais les jours de cette fameuse bise sont peut-être comptés, estiment certains, dont le sociologue et
anthropologue David Le Breton, auteur de plusieurs ouvrages et études sur la place du corps dans la
société, qui pense que « la bise pourrait faire les frais de cette période de confinement » ou d’autres
plus catégoriques, comme le médecin Eric Gilbert : « S’embrasser est aujourd’hui une absurdité
sanitaire. Une simple bise suffit […] à contaminer une autre personne. »

Les Français contestataires

Malgré tout, au tout début de l’épidémie, les comportements des Français vis à vis de la bise ne
semblaient pas devoir changer, comme le montraient certaines études
(https://www.charles.co/infographie-etude-ifop-francais-coronavirus/). Et même pendant
l’épidémie, l’adoption des gestes de distanciation physique ont mis beaucoup de temps à entrer dans
les usages. Début mars, certains déclaraient encore « Je trouve qu’on va beaucoup trop loin dans la
paranoïa […] donc je continue à faire la bise avec les gens que je connais. », un tendance
confirmée par les sondages (https://www.bfmtv.com/sante/sondage-bfmtv-avec-le-coronavirus-les-francais-se-lavent-ils-plus-les-mains-et-se-font-ils-encore-la-bise-1873154.html).Cette résistance
aux consignes de l’État était due en grande partie à une méconnaissance du virus, mais également
au tempérament « contestataire » ancrée dans la culture française. « Les Parisiens sont toujours des
gens un peu rétifs, un peu ”gaulois réfractaires”, ils veulent continuer de faire la bise. Ils n’ont pas
envie qu’on leur dise ce qu’ils doivent faire », avance un patron de bar parisien. Conséquence de
cette « contestation innée », les changement d’habitudes et de comportement se font plus par
mimétisme social que par obligation légale. Il en a été ainsi, par exemple, de l’abandon de la
cigarette dans les lieux publiques. Et ce d’autant plus que ces gestes relèvent des automatismes,
implantés dans nos cerveaux dès la plus tendre enfance, comme la bise.

La tendance « antibise »

Pourtant, la bise avait déjà commencé de perdre en popularité avant le début de l’épidémie de
coronavirus. Un mouvement « antibise » était notamment apparu sur les réseaux sociaux comme
Twitter (« Aux oubliettes #bisedumatin », « Pétition pour la fin de la bise », etc.). « Ces réactions
manifestent un sentiment bien plus profond, celui d’un ras-le-bol d’une bise généralisée au fil du
temps » explique Mathieu Avanzi, maître de conférence à la Sorbonne et auteur du livre Parlezvous
(les) français ? C’est un fait, aujourd’hui, tout le monde embrasse tout le monde, alors qu’il
n’y a pas si longtemps, la bise était réservée aux cercles familiaux et amicaux. Car contrairement à
la poignée de main, qui impose une distance naturelle entre les corps, le fait de toucher la joue
enclenche l’action d’entrer dans la sphère privée de l’autre. Seul le fait d’éloigner ses lèvres de la
chair de l’autre permet de désexualiser l’acte de se faire la bise. En 2020, la symbolique du geste ne
se rattache plus à ce que l’on éprouve intérieurement, mais à un signe fort d’appartenance à une
microculture ou à un cercle. En témoigne d’ailleurs l’invasion massive de la bise au travail.

Un « choix »

Dans les années 80, avec l’apparition des open-spaces, la bise au travail se démocratise, instaurant
un côté fraternel et égalitaire pour créer des liens dans une société qui en manque. Mais elle devient,
du même coup, une sorte de contrainte vide de sens. « S’embrasser au bureau fait partie de la
culture d’entreprise », confirme Caroline Duffau, consultante en entreprise. « Quand vous arrivez le
matin, c’est le même rituel : il faut s’astreindre à une tournée générale de bises aux collègues qui
partagent votre service » Et ce, bien souvent, quelque soit le degré hiérarchique ou d’intimité. La
bise en milieu professionnel provoque, pour un nombre croissant de personnes, un certain inconfort
et un sentiment de rejet. « Je pense que la pratique des poignées de mains […] perdurera », explique
David Le Breton, « alors que la bise, pratique plus féminine, plus personnelle et volontariste,
pourrait faire les frais de cette période de confinement ». Sentiment de rejet surtout fort chez les
femmes, pour qui elle est vécue comme une contrainte sexiste, puisque la bise est presque une
obligation universelle pour elle, alors que la bise entre hommes, même si elle s’est beaucoup
développée, reste plutôt cantonnée au cercles intimes. « Avant de venir à Paris, mon visage n’avait
jamais touché celui d’un autre mec », s’amuse, dans son sketch, La Bise, l’humoriste anglais Paul
Taylor (https://www.youtube.com/watch?v=T-VWbV6TJxU).
Une pratique historique

Apparu vraisemblablement à l’époque romaine, le « basium » était un rituel de salutation et de
courtoisie sophistiqué. Il perdurera au Moyen-Âge sous la forme du baiser sur la bouche au sein de
la noblesse et comme symbole honorifique d’un seigneur envers ses vassaux. Au XIVe siècle, à
cause notamment des grandes épidémies de peste, on met de la distance avec le corps de l’autre, et
la bise disparaît. Elle fait un retour timide à la Renaissance sous la forme du « baiser galant ». Avant
de se retrouver exclusivement réservé à l’intimité du couple, avec la pruderie victorienne qui se
répand au Europe au XIXe siècle. Après la Première Guerre mondiale, le baiser revient au grand
jour : baise-main dans la haute société, bise sur la joue dans les milieux populaires. Ça vraie
réappropriation publique ne datant que de 1968, où il perdra sa connotation sexuelle.

Une passion française

Cette nouvelle banalisation s’accompagnera de tout un vocabulaire : bise, bisou, bec, schmoutz,
baiser, bécot, biger, poutou… et d’un certain rituel : nombre de bises (1, 2, 3…), joue sur laquelle
commencer (droite, ou gauche), personnes avec qui la faire ou pas… qui variera suivant les régions,
les personnes, le contexte… à tel point que ses règles non-écrites restent bien hermétiques pour les
Français eux-mêmes. « Cette distribution régionale est déroutante, atteste le linguiste Mathieu
Avanzi. On a si peu de données et d’écrits historiques qu’elle reste une énigme française. » Même si
des guides ou des sites internet, comme « combiendebises.com », essayent de vous donner la clé de
cette énigme française. Car cette pratique obscure de la bise reste déroutante et détestée par un
certain nombre d’étrangers qui lui préfèrent le « hug » ou le « air kiss ». Mais comme le précise la
psychosociologue Dominique Picard, auteure de Politesse, savoir-vivre et relations sociales, « Nous
sommes une civilisation de contact. En France, comme en Italie ou au Maghreb, où l’on se touche
pour se saluer, cela reste un signe de reconnaissance identitaire, dont on a besoin pour se sentir
exister aux yeux des autres. Une façon de dire à une personne qu’elle n’est pas une inconnue. ». La
bise semble donc avoir encore de beaux jour devant elle. Malgré tout, dans le contexte du
coronavirus, d’autres alternatives sont en train de voir le jour, à chacun de choisir…

Alternatives

Le Wâi thaï : mains jointes, tête baissée et corps incliné vers son interlocuteur, le rituel thaïlandais
semble idéal, à condition cependant de respecter le périmètre de sécurité d’un mètre préconisé par le
ministère de la Santé !
Le check ou fist bump : à Séoul, le 28 février,le président sud-coréen Moon Jae-in a salué ses
députés d’un double check – poing contre poing. Un geste à bannir aujourd’hui…
Le footshake : c’est le nouveau buzz de TikTok, l’application mobile de partage de vidéo qui
cartonne chez les jeunes. L’idée ? Faire checker ses pieds en guise de «coucou».
Le coude shake : se taper les coudes est l’une des alternatives proposée par Agnès Buzyn, l’exministre
de la Santé. Mais attention ! Si on nous demande d’éternuerdans nos coudes pour limiter
l’explosion de postillons dans les mains, n’y a-t-il pas là un risque de contamination ?
Le high five : sans se toucher, on présente sa main ouverte et levée. Un ”Ave, César !”, en quelque
sorte…
Un sourire : il reste finalement le rituel le plus simple,sans danger et, surtout, le plus agréable à
recevoir.

 

Kirjoittaja: Jean-Albert Campello. Espoon työväenopiston ranskan tuntiopettaja